Goon Moon - Licker's Last Leg
Chronique CD album (54:10)

- Style
PsychPop / Desert Plock - Label(s)
Ipecac - Date de sortie
08 May 2007 - écouter via bandcamp
En disque « autre » du samedi*, j'avais depuis un moment envie de vous causer de çui-ci, sorti il y a déjà un bon bout de temps, mais il s'agit d'une curiosité qui est revenue dans mes oreilles dernièrement, accueillie avec joie tant tout cela est joli, bizarre ; un peu idiot et lunaire. Curiosité que Greg Wackerman, co-fondateur de Ipecac citait – avec le Bellevue de nos chers The Bobby Lees, tiens, d'ailleurs ! – en disque sous-apprécié à tort, dans les colonnes de New Noise ainsi que chez son alter-ego passé NoiseMag ou autre.
Pour ma part, je l'avais découvert à sa sortie, je suivais tout ce qui se faisait chez Ipecac à l’époque, mais j'ai mis, hum, 17 ans à acheter le disque. Je ne peux pas me l'expliquer. Autant dire que j'ai tout de même poncé les mp3ees parfaitement criminels en attendant (j'utilisais beaucoup e-mule – jusqu'à ce que je tombe sur des fichiers absolument pas désirés mais très tendancieux).
Alors, imaginez un peu le tableau : voici un disque sorti en 2007, le deuxième du nom, chez le label fou Ipecac, donc, oui le label de Mike Patton et ses potes, album inattendu d'un groupe formé par, attention :
-
Jeordie White aka Twiggy Ramirez de Marilyn Manson, oui, oui, mais aussi de ce pseudo groupe pénible A Perfect Circle qui ne me manque guère, et enfin Nine Inch Nails sur disque (un peu) et surtout en concert, époque autour de With Teeth.
-
Chris Goss, de ce groupe incroyable nommé Masters Of Reality bien-sûr, mais aussi collaborateur de luxe ou producteur chez des choses nommées Queens Of The Stone Age, Kyuss, Desert Sessions et j'en passe un paquet.
Avec l'addition salée de – pour les servir et les exploser sur quelques titres :
-
Zach Hill, batteur taré du groupe SuperMathCore Hella, mais encore des Death Grips, Marnie Stern, Team Sleep, Undo K From Hot, et j'en passe aussi...
Auxquels s'ajoutent des copains venus s'amuser à divers degrés dans cette tambouille rocambolesque, citons pour les plus connus par moi-même: oh-ben-ça-alors-Josh-Homme, Dave Catching ou Mackie Osborne pour le design des visus du disque (collaboratrice de longue date des Melvins et femme du pépère du même nom).
Tout ça pour un foutu super groupe de malades, ultra pompeux, ultra décevant et un budget pharaonique ?
Ben pas du tout ! Il s'agit plutôt d'un projet hautement humble de Chris Goss et Jeordie White, essentiellement, un projet de chambre, non pas un atelier réfection papier-peint et pose d'appliques murales ou ébats sexuels interminables, mais bien un trip « on compose des trucs sans pression, on jam des machins, on s'amuse, on pense à rien d'autre, on enregistre et Ipecac nous sort ça, c'est cool si on en vend 850 dans le monde juste parce qu'on a des noms un peu connus ».
Bah oui c'est d'ailleurs aussi pour ça que j'y avais jeté une oreille et piraté les mp3ees ! Eh oui à l'époque, je creusais la sphère Kyuss (avant de me rendre compte que c'était quand-même un petit peu chiant à la longue) et Queens Of the Stone Age (avant de me rendre compte que c'était vraiment des vendus, ahah!), et allais guetter du côté de Mondo Generator (je les kiffe toujours), Mark Lanegan (R.E.P., tiens chez Ipecac toujours: j'ai acquis il y a peu le Houston - Publishing Demos 2002, excellent disque perdu !), The Dwarves (faudra que je m'y repenche dessus, à l'époque, j'avais bien aimé), The Desert Sessions, etc.
Et si je mentionne encore les Desert Sessions, c'est à bon escient car si vous êtes surpris par la présence de Mister White ici, c'est que vous ne les avez pas bien suivies, ces sessions : Vol.9&10 en 2003 (oui, oui, il y avait aussi Sainte PJ Harvey...), Jeordie figure parmi les participants, avec notamment un morceau Punk'n'roll instrumental particulièrement endiablé : ''Covered In Punks Blood'' (lol) !
Ici on ne se recouvrira pas du sang des Punks, quoique, peut-être qu'il est possible qu'on puisse leur faire saigner les oreilles ET l'âme, avec par exemple cette reprise – fidèle – des Bee Gee's, ''Every Christian Lion Hearted Man Will Show You''. Sauf que ce morceau est tout simplement... excellent ! C'est d'ailleurs le groupe préféré de Jeordie White, OK ? Voilà...
Excellente reprise, mais bon, c'est une reprise, et le reste, bordel ?!?
Bah j'ai un gros faible pour l'avant-dernier, ''The Golden Ball'', un trip halluciné, un morceau-somme constitué de huit mini-morceaux, huit mignardises enchaînées, et très bien enchaînées en moins de dix minutes bien barrées entre Rock décalé (ou décalqué...), Pop Psychotique ou Pysché, et gros craquages sonores cauchemardesques.
J'ai un gros faible également pour le premier titre, avec cette intro de violon arraché, ce lyrisme d'entrée de jeu très baroque, cette émotion dans le chant de White, lui que je n'avais jamais entendu chanter auparavant (peut-être sans doute au détour de quelques chœurs dans Marilyn Manson, mais bon...)... Pis faudrait pas oublier que Mechanical Animals et Antichrist Superstar sans Twiggy, ça n'aurait sans doute pas eu du tout la même gueule, le gars sait composer ! Et Brian Warner l'a toujours su. Alors merci qui ?, merci Twiggy bien-sûr.
Entre ces trois pôle-positions, on naviguera de choses bizarres en choses heureuses et en choses, rarement, un peu ennuyantes sur la longueur comme dans le final ''Built In A Bottle'' pas dégueu en soi, en quelque sorte une démo de Twiggy comme destinée à Trent Reznor : « regarde j'peux faire pareil que toi quand tu lancines tes ballades au piano réverbéré depuis l'autre pièce », l'est juste un peu trop longuette et éthérée.
Entre ces trois belles pièces, on pourra aller jouer dans les friches, en craignant d'entendre la voix d'outre-tombe de Grippe-Sou appeler « Jeoooordiiie ? Tu veux un ballon, Jeordiiie ? Tu verras, ils flottent. Ils flottent comme nous flottons tous en bas, et toi aussi bientôt tu flotteras Jeordiiiie ! » : ''Balloon ?'' où Jeordie s'arrache la voix sur un bon vieux Rock'n'roll... sauce Homme&Co. Pardi !
Comme Chris Goss teinte tout ou presque avec sa personnalité classieuse, ses idées psyché, ses chœurs de fausset ou de diva défoncée, eh bien à de nombreux instants on songe à un volume égaré... des fameuses Desert Sessions !
Et tantôt on se retrouve avec de la batterie de maboule qui déboule, supportant des riffs Rock plus ou moins robotiques et un chant désincarné avant l'attaque des vocoders maléfiques (excellent ''My Machine'' survolté), un tube Pop ensorcelant rappelant par instants les Smashing Pumpkins dans les harmonies des couplets, sans la voix insupportable de Billy Corgan mais avec Chris Goss en chant principal (''Lay Down''), de la robot-toy music qui finit en gospel de jouets plastiques (savoureux ''Tip Toe'') et...
Bref, à part le un-peu-relou ''Hardcore Q3'', le final longuet et ce plan californiannian vers la fin de ''Feel Like This'' (mais c'est personnel, vraiment), c'est que du bon et du très bon.
Et voilà, je suis très heureux d'avoir chroniqué cette petite friandise piégée car, alors que je croyais que c'était un duo de musiciens totalement disparus des radars (bon... c'est toujours le cas pour Twiggy Ramirez / Jeordie White, depuis les allégations sordides de viol lancées contre lui et, oh ironie suprême, son éviction de, tenez-vous bien, oui, Marilyn Manson, avec Brian Warner qui sera ensuite accusé de la même chose... multipliée par trente, ahahah!), je vois que par contre Masters Of Reality a justement un nouvel alboume prévu pour le 28 Mars !
Les planètes s'alignent et non c'est pas des petits satellites de FDP-Musk ! (c'était juste les reflets de la flamme de mon briquet dans la vitre de ma commode)
Un charme un peu malsain, tortueux ou sombre fait que tout ici se revêt d'un laiteux reflet. Très étrange groupe, très étrange disque. C'est la nuit, la lune se lève, c'est pas une flèche et elle est blême.
« Sans soleil il n'y a que la solitude. », ça va pas fort, chapitre 72.**
* 'pis là c'est le drame : imagine, Pidji publie cette chronique un dimanche et j'ai encore plus l'air con que d'habitude... (on a les soucis de sa condition numérique, hein)
** « Sin sol solo se soledad », c'est la jolie devise du disque, toute en assonances et allitérations.
2 COMMENTAIRES
Thedukilla le 28/03/2025 à 08:11:57
Un petit bijou d’album à côté duquel j’étais complètement passé à l’époque !
Merci beaucoup pour la découverte, ça risque d’accompagner pas mal de mes trajets nocturnes.
el gep le 28/03/2025 à 09:43:26
Cool, avec zirzir !
Beaucoup beaucoup de gens sont passés à côté je crois bien...
AJOUTER UN COMMENTAIRE